Questions de lecteurs : Mon frère est bibliothécaire. Dans sa bibliothèque, il fait 14°. Pourquoi n’exerce-t-il pas son droit de retrait ?!

La Question Du Lecteur

La Question

Question n°138 d’Armand Cho, 43 ansMon frère est bibliothécaire. Dans sa bibliothèque, il fait 14°. C’est inadmissible. Pourquoi n’exerce-t-il pas son droit de retrait ?

La Réponse

Par ces temps froids, beaucoup de collectivités adoptent et mettent à l’honneur cet haïku ancien et recherché : 

L’hiver est venu

Vétusté des radiateurs

Froideur des locaux.

Les bibliothèques n’y coupent pas car c’est en cette période généralement que les radiateurs décident de sauter et que, “si, si on a bien une date pour vous réparer tout ça, vous inquiétez pas, disons en mai ça vous va ?”

Mais si il est bien une chose de connue, c’est que les bibliothécaires, en plus d’être de gros morfales, sont  affreusement frileux. Pourtant, me direz-vous, avec tous les chocolats qu’ils se sont enfilés avant les fêtes, pendant les fêtes et après les fêtes… et même tout au long de l’année, ils ont bien de quoi tenir non ?

Le DAC dira même : “Je ne comprends pas, en été le chauffage fonctionne, ils ne sont pas contents, en hiver, on l’arrête, ils se plaignent toujours…”

Georges, votre bibliothécaire, en pleine logorrhée

Voila le bibliothécaire confronté à la dure loi du changement climatique et contraint de se réfugier sous des kilos de thermos de café ou de thé. 

“Ça ne peut plus durer ! – s’exclame Martha, représentante déléguée du CQEAMDAPTLCM (Comité qui en a marre d’aller pisser toutes les 5 minutes) – retranchons nous derrière notre… droit de retrait !”

Avez vous senti ce tremblement ? C’est le Maire de la Ville qui frissonne d’horreur… ou peut-être a-t-il attrapé froid.

Marcel, bibliothécaire, qui prend un peu trop au premier degré la notion de “droit de retrait”

Ce que Martha ignore, c’est que le droit de retrait… ne s’applique pas ici.

Tout d’abord, qu’est ce que c’est que cette histoire de droits ? Et bien, comme vous le savez tous (HEIN), le fonctionnaire dispose de droits et de devoirs. Parmi cette belle brochette de… de… droits et devoirs, nage joyeusement le droit de retrait.

Servicepublic.fr le défini ainsi : 

Le droit de retrait consiste en la possibilité offerte à tout agent de quitter son poste de travail :

  • s’il a un motif raisonnable de penser qu’il se trouve exposé à un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé,
  • ou s’il constate une défectuosité dans les systèmes de protection

Votre frère, Armand, ne peut donc pas faire prévaloir son droit de retrait car le froid ne constitue pas un “danger grave imminent pour sa vie ou sa santé” – sauf si, bien sur, le froid se pointe armé d’une hache et demande sur le champ la prolongation de son livre de chevet : Pingu et la neige.

(Plus d’infos dans les dossiers du CHSCT sur le droit d’alerte de le droit de retrait)

De plus, il travaille en milieu couvert… ce qui n’appuie en rien sa demande.

Si il fait le choix de quitter son poste sans l’aval de ses supérieurs, il sera simplement étiqueté coupable d’un abandon de poste.

“Que peut-on y faire ?!” – s’inquiète Guillaume, représentant du CQSDCQPYF (Comité qui se demande ce que l’on peut y faire).

Si Guillaume s’était un peu renseigné, il saurait que la réponse à sa questions se trouve dans le code du travail : l’employeur a pour obligation d’assurer la sécurité et la santé de ses salariés.  (article L4121-1 du code du travail)

Il doit donc prendre des mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Ces mesures comprennent :

– la mise en place d’une organisation et de moyens adaptés,

– l’adaptation de ces mesures pour tenir compte du changement des circonstances et tendre à l’amélioration des situations existantes. 

(Par exemple, il doit veiller à ce que l’air soit renouvelée et ventilée ou mettre de l’eau fraîche et potable à disposition…)

Cependant, il n’existe pas, légalement, de seuil de température prévu, en dessous duquel il y a risque pour les salariés. Même si plusieurs articles du code du travail fixent les règles en rapport avec ces basses températures :

– en postes extérieurs, les salariés doivent être protégés contre les conditions atmosphériques considérant que la pluie et le vent peuvent faire baisser la température.

– les équipements et locaux de travail y compris leurs annexes doivent être adaptés afin d’éviter le risque « grand froid ».

– les locaux fermés affectés au travail doivent être suffisamment chauffés.

– les locaux servant à l’hébergement des travailleurs sur les lieux de travail doivent être chauffés de façon à ce que la température ne soit pas inférieure à 18° C.

Reste à définir avec vos supérieurs le “suffisamment chauffés”, sachant que légalement, rien ne l’indique.

Maintenant que les choses sont claires, Armand, vous allez dire à votre frère, Noël, de remettre ses foutues moufles et de retourner bosser ! Y a des elfes qui attendent et EUX, ils ne se plaignent pas ! 

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