Question de lecteurs : Moi aussi je voudrais devenir archiviste. Euh… documentaliste. Ha non, c’était quoi déjà ? – (Chapitre 2) L’archiviste

La Question Du Lecteur

La Question

Question n° 542.2 de  Aimale Amdessidé, 18 ans – Moi aussi je voudrais devenir archiviste. Euh… documentaliste. Ha non, c’était quoi déjà ? 

La Réponse

Bonjour Aimale, tout dépend de ce que vous souhaitez faire : bibliothécaire, documentaliste, archiviste… ce sont des métiers très différents. Un peu comme une famille de rapaces (oui, on a les comparaisons qu’on mérite) : pygargues, aigles, buses… ce sont tous des emplumés mais ils se vexeraient fortement si vous les confondiez.

Aujourd’hui parlons de…

 

L’archiviste

Bon, je l’avoue, les archives je n’y connais rien. Je suis bibliothécaire, je ne fréquente pas ces gens là. (D’ailleurs, pour plus de crédibilité dans mon discours, faites moi penser à supprimer de mon répertoire téléphonique les numéros de ceux avec qui j’allais en soirée l’année dernière. Je vous rassure, je ne les vois plus du tout aujourd’hui.)

Pour moi les archives sont des locaux sous-terrains, sombres et bordéliques, où des piles de feuilles A4 poussiéreuses s’entassent, rempilées de temps en temps par des mecs maigrichons à l’air dépressif – ceux là même qu’on appelle les archivistes. (Aller ! Je SAIS que vous pensez pareil !)

Nouvelle méthode de classement des documents expérimentée par l’archiviste de votre ville.

J’ai donc soudoyé un ancien archiviste des archives publiques pour qu’il me parle un peu de son ex. (job).

D’un point de vue totalement personnel, je pense que les archivistes sont des créatures pures et généreuses car celui-là m’a livré des informations sans aucune contre-partie ni chantage. (Mais de quoi se nourrissent-ils ?!) Note pour plus tard : penser à ne jamais embaucher un archiviste lors de missions d’infiltration ou en tant qu’agent secret.

 

 

LE RAPPORT DE HIHNECK :

Voici en cinq points ce qu’il faut savoir sur les archivistes

 

N°1 – Répondons tout d’abord à une question cruciale : mais que fait -il de ses journées (à part compter les moutons de poussière) ?

Et bien, aussi surprenant que cela puisse être, l’archiviste est responsable des archives. Il traite des informations de tous types : des matrices cadastrales (reposez ce verre de whisky, je vous prie !) aux photographies anciennes.

La minute Jean-Eude : la matrice cadastrale, c'est un document qui mentionne, pour chaque propriétaire, les diverses propriétés qu'il possède sur le territoire communal.

Avant de les mettre à la disposition du public, notre archiviste évalue, collecte, classe et conserve des documents qui ont une importance juridique, historique ou scientifique. Ça peut aussi bien être des documents papiers que numériques. Des bidules textuels (textuels avec un T, s’il vous plait) ou audiovisuels de toutes les époques !

Votre archiviste découvre une nouvelle méthode optimale de rangement

 

N°2 L’archiviste et le 3, une grande histoire (d’amour ?)

Bien entendu, je ne vous apprends rien si je vous dit que les archivistes on une sorte de fascination malsaine pour le chiffre 3. On raconte d’ailleurs, en numérologie, que ce chiffre est lié à la vanité, l’arrogance et la dispersion, je dis ça…  Ou alors, on pense aux trois moires Clotho, Lachésis et Atropos… Ou encore à la trilogie chrétienne.

Et je ne veux pas enfoncer le clou dans la nuque de l’archiviste, mais n’est ce pas le 3 février 1468 que Johannes Gensfleisch meurt à Mayence ?

Bref, les archivistes ont le sens de la mise en scène et du grandiloquent.

Un sous-entendu ? Quel sous-entendu ?

Mais revenons à nos moutons ; J’ai vu le film pour ados Divergente récemment, alors je vais vous faire un parallèle intelligent ; les archivistes aiment mettre des choses dans des cases. On distingue trois périodes pour classer toute cette paperasse :

  • Ce qu’on considérera comme documents “anciens” (jusqu’à 1790).
  • Ceux du milieu, les modernes (de 1790 à 1940).
  • Et puis les petits derniers, les contemporains (à partir de 1940)

Comme c’est la crise un peu partout (jusqu’aux archives, c’est dire), les archives anciennes et modernes sont “fermées”. Seules les archives contemporaines peuvent encore accueillir des petits compagnons.

De même, on distingue trois âges pour classifier les archives :
 
  • Celui des archives courantes : ce sont les nouveaux nés. Des documents qui viennent d’être produits et qui sont encore utilisés.
  • Celui des archives intermédiaires qui concerne les documents sur lesquels on a travaillé (au passé), mais qui pourraient peut-être resservir d’ici peu (futur proche).
Scotty, spécialiste des archives intermédiaires qui pourront peut être re-servir un jour.
  • Et enfin, l’âge des archives définitives, ces vieux tromblons qu’on garde à tout jamais…
 

 

N°3 – L’archiviste est un original

Comme l’archiviste est un peu délicat, il n’accepte de travailler qu’avec des originaux. Ne confiez jamais vos papiers précieux à un archiviste bourré : vous prendriez le risque de ne jamais les revoir.

 

N°4 – L’archiviste a un code de déontologie ; c’est à dire, des règles de conduites à tenir pour obtenir le statut tant recherché de PPA (parfait petit archiviste).

Ce sont des trucs pas très marrant comme :

  • Maintenir l’intégrité des archives : l’archiviste ne pourra donc pas dessiner au feutre rouge des petits cœurs sur les actes de mariage qu’il doit archiver. Il ne peut pas non plus brûler quelques pages d’un gros dossier sous prétexte que ça ne rentre pas dans les boites de rangement…
  • Être incorruptible : il résiste à toute pression (et prouve donc qu’il existe), refuse la manipulation, la dissimulation ou déformation des faits et des documents. (Sauf si vous le payez en beignets, là, peut-être que…)
  • Être impartial : le véritable archiviste enverra aussi bien balader le grand père en quête de sa généalogie que le maire de sa commune. Bref, tout le monde peut avoir accès aux archives. Tout le monde ou personne. Non mais !
  • Eviter de tirer illégalement de sa position des avantages : un grand pouvoir implique de grandes responsabilités, l’archiviste le sait. Il évitera donc tout chantage, tout trafic (agrafes, trombones…)ou encore toute revente de documents (non, vous ne pourrez pas racheter la matrice cadastrale qui vous fait de l’œil depuis longtemps, même si vous en avez très envie).
Puis-je demander à l’assistance un semblant de concentration ? Merci.

 

N°5 – L’archiviste parle un langage rien qu’à lui

Pour communiquer avec ses pairs, il n’a aucun soucis. Pour communiquer avec le reste du monde, c’est tout de suite plus compliqué.

Quelques exemples aberrants :

  • Ce que vous appelez “le catalogue” devient pour un archiviste un “instrument de recherche” ou un “répertoire numérique détaillé”…
  • Les archives anciennes entrent dans un “cadre de classement” : bref, c’est juste un terme pompeux pour dire que les archives sont classées par thèmes ou par périodes historiques. (C’est un peu la Dewey des bibliothèques !)
  • Pour indexer les documents contemporains, l’archiviste utilise un thésaurus W.  Chaque document a son numéro : les 2033W par exemple, intégreront les permis de construire de 1940 à 2000. 257W concernera l’urbanisme…  Faut-il comprendre par là que tous les archivistes ont une malformation dans l’aire de Broca de leur cortex ? Probablement, oui.  Cependant, à Des chiffres et des lettres, ils gèrent grave.
 

Le Conseil

Vous pouvez essayer de communiquer avec un archiviste en lui assénant des séries de W : W5, W68, W199... en espérant que ce ne soient pas des insultes ou pire : la combinaison gagnante de sa dernière partie de bataille navale !
Alfred Bonconseil
Journaliste archivistique

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